L’histoire continue et fatalement se répète … dirait Chopin

La personnalité de Fryderyk Chopin s’est forgée dans le contexte historique de la lutte de la Pologne pour sa survie nationale  au début du XIX siècle. Sa musique n’est pas une abstraction détachée de la réalité tragique ou heureuse de la vie du compositeur. La musique de Fryderyk Chopin est évidement inséparable de sa personnalité et fortement influencée par son vécu.

La courte vie de Chopin (1810-1849) se situe dans une période politiquement mouvementée en Europe.

Géographiquement, sur la carte européenne, la Pologne, depuis 1772 dévorée progressivement par ses voisins russes, prussiens et autrichiens, cesse d’exister. Dès 1795 elle est rayée définitivement jusqu’en 1918, c’est-à-dire jusqu’à la fin de la Première Guerre Mondiale!

Mais la nation polonaise résiste tant bien que mal à la russification, la germanisation et aux répressions. La culture, la musique et la religion sont ses références sans failles.

Varsovie, sans avoir la taille de Paris ou de Vienne, est pourtant le centre principal culturel. Durant la période varsovienne, Fryderyk Chopin puisera le meilleur de son inspiration dans son art et gardera cette signature jusqu’à la fin de ses jours. A Varsovie, il suit des cours à l’Université. Il travaille le piano avec Jozef Elsner au Conservatoire et découvre un grand nombre d’artistes et de savants qui fréquentent la maison parentale. Les discussions littéraires et patriotiques se poursuivent chaque jeudi soir. Des poètes, des musiciens, des amis sont là : Maurycy Mochnacki, Ignacy Dobrzynski, Stefan Witwicki, Bohdan Zalewski, Stanislaw Kozmian et d’autres. Le sentiment d’une haine acharnée contre le régime tsariste ne le quittera jamais.

Au moment du déclenchement de l’Insurrection de novembre 1830, Chopin se trouve à Vienne. Il est profondément bouleversé. Son premier réflexe est de vouloir rentrer immédiatement au pays. Mais après une longue discussion nocturne avec Tytus Woyciechowski, ils décident que Tytus rentrera seul et que Fryderyk restera à Vienne.

En Pologne, on attend de lui autre chose que de le voir rejoindre les rangs des insurgés. Il est tout de même présent, du moins symboliquement, dans la Varsovie insurgée. Resté à Vienne, il passe son premier Noël en solitaire et se plaint plus que jamais d’être orphelin. Avec le temps, monte en lui le sentiment d’un « exilé perpétuel ». Les viennois ne comprennent pas ses émotions patriotiques et ses sympathies politiques. La ville se montre résolument hostile à l’Insurrection polonaise…

L’armée tsariste écrase férocement l’Insurrection et une répression sanglante commence. Une rancœur profonde et une protestation révoltée marqueront Chopin à jamais.

En 1848, Fryderyk écrit à son ami Julian Fontana que des moments atroces ne leurs seront pas épargnés mais au bout du compte « il y aura une Pologne superbe, une Pologne grande, une Pologne en un mot ». Mais il ne lui a pas été donné de voir cette Pologne libre !

Et aujourd’hui ?

La réalité politique et les problèmes de la Pologne d’aujourd’hui restent semblables à celles d’il y a 200 ans.  Plus que jamais, depuis 20 années,  la Pologne est confrontée à l’impérialisme russe qui n’a pas supporté le détachement  de cette nation rebelle de son giron.

Les tragédies n’ont pas été épargnées à ce pays éloigné géographiquement, mais pas culturellement, de l’Europe Occidentale repliée sur ses propres problèmes et qui somnole indifférente aux sorts de ses confins orientaux.

Souvenons-nous de « L’ACCIDENT » de Smolensk d’il y a deux ans, exactement le 10 avril 2010, dont la vérité sur son origine et sur son déroulement a du mal à être révélée au grand jour.

L’histoire continue et fatalement se répète… dirait Chopin !

©  Aldona Budrewicz-Jacobson

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